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Le courage, c’est de rêver l’idéal et d’affronter le réel.

Témoignages et projets
lundi 19 novembre 2018, par Dominique Dervieux

Quelqu’un m’a dit un jour : « Le courage, c’est de rêver l’idéal et d’affronter le réel. »

Pour moi, Clémentine Kruk, 17 ans, le réel, je le combats tous les jours de front. Le réel d’un handicap auditif avec lequel je vis depuis ma naissance, auquel est venu s’ajouter un handicap visuel qui s’est aggravé au fil des années. Depuis l’âge de sept ans, plus aucune couleur ni aucune forme n’est visible pour moi. Je me déplace donc avec une canne blanche et utilise mon ordinateur pour poursuivre mes études.
Affronter le réel du handicap à l’école, puis au collège et au lycée. J’ai eu la chance de rencontrer des gens formidables, qui savaient faire la part des choses. Plutôt bonne élève malgré ma cécité, j’ai passé quatre merveilleuses années au collège de La Salle à Pibrac. Soutenue, épaulée, guidée… et réprimandée (quand c’était nécessaire !) par des enseignants compréhensifs et doués dans leur domaine.
Et cela s’est confirmé au lycée. Après avoir obtenu mon Brevet des collèges mention très bien, j’ai intégré le lycée privé du Ferradou de Blagnac. Je suis actuellement en terminale littéraire (spécialité mathématique), filière que j’ai eu la possibilité de choisir non pas parce que mon handicap me refusait les autres, mais parce que je suis passionnée de littérature, de philosophie, d’histoire et de latin. Un vrai profil littéraire, me diriez-vous !

Rêver l’idéal et vivre son rêve !

Rêver l’idéal dans le domaine sportif également. Passionnée d’échecs depuis mon enfance, j’ai intégré à l’âge de douze ans le club d’échecs de Toulouse-Lardenne. J’ai donc suivi des cours hebdomadaires et joué avec les autres membres du club, qui, eux, voient parfaitement. Pour ce faire, je me sers d’un échiquier adapté, dont les pièces sont aimantées au plateau ; ce qui m’épargne la honte de les faire tomber après un mouvement brusque. C’est vrai que, s’il me prenait l’idée bizarre de faire tomber l’échiquier entier, je suppose gue les pièces tomberaient… hormis ce cas, improbable… tout reste stable (et je ne suis pas mauvaise perdante au point de faire ce genre de choses non plus). De plus, les pièces noires de mon jeu sont munies d’un signe distinctif qui les différencie des blanches, afin de m’empêcher de donner bêtement la victoire à mon adversaire, je suppose !
Mais restons sérieux ! Cela fait donc bientôt six ans que je m’entraîne en club, et qu’une partie de mes week-ends est consacrée aux tournois interclubs, par équipe ou autres. Cela fait six ans que mon elo se construit au fil de mes parties, suivant mes progrès, glissant avec mes défaites. Bref, évoluant avec mon expérience. Notamment lors de mes différentes participations aux championnats de ce qui était autrefois la région Midi-Pyrénées, entre 2013 et 2016 inclus.

En parallèle, ma pratique des échecs ne se limite pas à mon club. Je participe également à plusieurs tournois d’échecs par Skype, avec une centaine d’autres joueurs non-voyants ou malvoyants francophones, et une centaine d’autres parlant en langues étrangères (anglais, espagnol, italien ou même portugais). Nous ne nous comprenons pas toujours très bien, ne venons souvent pas du tout de la même partie du monde, nos histoires et nos rapports à nos handicaps (visuels voire plus) sont tous très différents. Pourtant, une passion nous rassemble : les échecs. Et de préférence… les succès.
C’est grâce aux joueurs rencontrés sur ce tournoi que j’ai participé à trois reprises au Championnat de France d’échecs des non et mal malvoyants. D’abord à Sète en mai 2016, puis à Lyon en 2017 et enfin Bordeaux en 2018. Ma performance m’a valu trois titres consécutifs de Championne féminine, auxquels est venu se rajouter un titre de championne des jeunes lors de ma dernière participation. Et, rendons à César ce qui est à César, je dois aussi en partie cette victoire à la bienveillance de mon proviseur de lycée qui m’a autorisé à manquer une semaine de cours en 2017 au profit de mon déplacement à Lyon…

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